Madagascar a investi un colonel de l’armée comme président, quelques jours seulement après une prise de pouvoir militaire sur fond de rébellion populaire ayant poussé le président Andry Rajoelina à fuir en exil.
La Haute Cour constitutionnelle du pays a officialisé, ce vendredi, la nomination du colonel Michael Randrianirina lors d’une cérémonie, scellant une semaine tumultueuse marquée par la destitution de Rajoelina pour abandon de poste mardi dernier et l’intervention de l’armée. Les manifestations massives de ces dernières semaines contre les pénuries d’eau et d’électricité ont dégénéré, faisant au moins 22 morts et plus de 100 blessés, selon les Nations unies.
Une grande foule s’est rassemblée pour la cérémonie à la Cour, où des représentants du mouvement de jeunesse côtoyaient des responsables politiques. Des délégations étrangères, notamment des États-Unis, de l’Union européenne et de l’ambassade de France, étaient également présentes, selon un journaliste de l’AFP.
Âgé de 51 ans, le commandant de l’unité CAPSAT a promis la tenue d’élections dans un délai de 18 à 24 mois et a indiqué aux médias locaux que des consultations étaient en cours pour nommer un Premier ministre de consensus.
Le camp de Rajoelina a dénoncé le soutien de la Cour constitutionnelle au commandant du CAPSAT, qu’il juge entaché d’irrégularités procédurales risquant de déstabiliser l’ex-colonie française. Ses partisans insistent sur le fait que Rajoelina demeure le chef légitime de l’État et qu’il œuvrait à résoudre les problèmes ayant déclenché le mouvement de protestation mené par la jeunesse depuis le 25 septembre. Les forces gouvernementales ont été accusées d’une répression violente des manifestants, causant de nombreuses victimes, jusqu’à ce que le CAPSAT annonce, le 11 octobre, qu’il refusait de tirer sur la population.
Cette déclaration a marqué un tournant décisif dans la révolte, l’unité étant désormais saluée par le mouvement populaire, qui espère jouer un rôle dans la nouvelle transition. Le bureau de Rajoelina a confirmé, mercredi soir, que celui-ci avait quitté le pays le week-end où le CAPSAT s’était rallié aux manifestants, affirmant qu’il craignait pour sa vie. Il n’a pas révélé sa localisation.
Selon plusieurs médias, le dirigeant de 51 ans aurait été évacué dimanche à bord d’un avion militaire français vers l’île de La Réunion, avant de poursuivre son voyage vers Dubaï.
Madagascar devient ainsi le dernier pays africain francophone à tomber sous contrôle militaire depuis 2020, après les coups d’État au Mali, au Burkina Faso, au Niger, au Gabon et en Guinée. C’est la troisième transition militaire à Madagascar depuis son indépendance en 1960, après celles de 1972 et 2009. Le pays demeure l’un des plus pauvres du monde, malgré l’abondance de ses ressources naturelles et de sa biodiversité. Environ 80 % de sa population, estimée à 32 millions d’habitants, vit dans la pauvreté selon la Banque mondiale.
La fuite de Rajoelina marque la troisième fois qu’un chef d’État malgache s’exile après avoir été renversé : Didier Ratsiraka s’était réfugié en France en 2002 après des violences post-électorales, et Marc Ravalomanana en Afrique du Sud en 2009. L’Union africaine et la SADC ont annoncé l’envoi de missions d’enquête sur l’île et ont appelé au retour à l’ordre constitutionnel.
